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Saturday, March 28, 2009

O vicio e os Papas


"Pour manier les hommes, il faut pratiquer leurs vices et en rajouter. Voyez les papes : tant qu'ils forniquaient, s'adonnaient à l'inceste et assassinaient, ils dominaient le siècle ; et l'Église était toute-puissante. Depuis qu'ils en respectent les préceptes, ils ne font que déchoir : l'abstinence, comme la modération, leur aura été fatale ; devenus respectables, plus personne ne les craint. Crépuscule édifiant d'une institution."

[Emile Michel Cioran, Syllogismes de l'amertume]

Para reger os homens, tem de praticar seus vicios e acrescentar. Vê os Papas: quando ainda trepavam, entregavam-se ao incesto e assasinavam, dominavam o século; e a Igreja teve todo o poder. Desde que respeitem os preceptos, decepcionam completamente: o abstinencia, como o moderação sera-lhes fatal; tornado respectavel, mais ninguem teme-lhes. Crepusculo edificante duma institução."
[libre tradução de: Emile Michel Cioran, Syllogismes de l’amertume]

Wednesday, March 11, 2009

L’Eglise catholique, la vie, le Brésil


L’on peut à bon droit avoir du mal à comprendre l’indignation quasi générale, soudaine, ponctuelle, qui a répondu à la nouvelle de l’excommunication de la mère brésilienne responsable de l’avortement de sa fillette de neuf ans, violée par son beau-père, de cette fillette qui a perdu deux jumeaux.

Ce n’est pas que l’indignation ne soit justifiée, elle l’est assurément mais elle est surprenante comme ponctuelle, comme exception d’un silence complice plus continu à l’endroit d’une Eglise catholique dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle a coutume de «persévérer dans son être»…

Négationnisme et vichysme accueillis à bras ouverts il y a quelques semaines, prospérité nouvelle du créationnisme, affaire de Recife, tout communie, si j’ose dire, dans la confirmation de ce que l’Histoire a dit de l’Eglise catholique.

Et l’Histoire en a dit que sous couvert de défense et d’illustration du vivant et de l’amour du vivant, elle défend en réalité de l’Idée, de l’Idée de la vie, de l’imagination, de la poésie du vivant qui est un fantôme, un ange de vie mais qui est de l’ordre de la «vie morte».
L’Eglise catholique (son vaisseau amiral) goûte la mort de la vie et celle de la mort quand elle est de l’ordre de la vie. Ce n’est pas la vie que défend l’Eglise catholique mais l’imagination «toute romaine», l’idéation qu’elle en façonne. On peut aimer ou abhorrer cette idiotie (au sens grec, cette «fermeture à un savoir») mais on ne peut pas se tromper sur elle. Et quand on l’abhorre c’est continûment qu’il s’agit de s’indigner.

L’Eglise catholique défend depuis toujours une conception arrêtée de la vie (comme la flèche du sophiste qui nie le mouvement en passant de point fixe en point fixe) qui est la contradiction même de la vie comme mouvement, champ erratique de forces, comme errance tragique. Elle défend la vie morte, elle hait la vie vivante et sa gigue, elle promeut l’Eternel et vomit la mort qui est part de cette vie qu’elle vomit. On ne peut guère en attendre autre chose sauf à penser son non-être.

On ne pouvait attendre de l’Eglise catholique qu’une attitude, celle qui consistait à préférer la vie encore absente, la vie pas encore de la vie, la vie pas tout à fait vivante, la vie peut-être un peu morte, la vie problématiquement vie, celle des jumeaux, à la vie présente, de la vie, tout à fait vivante, assurément vie, de la petite fille qu’un accouchement eût condamnée. On ne pouvait en attendre autre chose, sauf à vouloir que l’Eglise fût autre chose que son être, un non-être de l’Eglise qui serait l’Eglise, ce qui est, au sens strict, impensable, c’est-à-dire non-pensable.

Il n’est pas étonnant que l’affaire soit brésilienne (et savoureux que l’excommunication soit justifiée par tel Cardinal dont la traduction littérale du nom est «Jean-Baptiste Roi», c’est-à-dire un nom convoquant la vision surréaliste d’une tête coupée portant couronne, d’une mort refoulée, d’un déni de cette vie qui est aussi faite de mort).

Il n’est pas étonnant que l’affaire soit brésilienne : quelle terre de mission plus excitante pour le catholicisme sous ses divers avatars également hostiles au vivant vivant, que ce pays de la vie radicale, de son beau désordre tragique, de son hasard glorieux, source d’allégresse et de mélancolie?

[Emmanuel Tugny, Libération]

Sunday, March 8, 2009

Alchimie des idées

Adriaen Vanostade, l' Alchimiste, 1611

« Les idées glissaient elles aussi. L’acte de penser l’intéressait maintenant plus que les douteux produits de la pensée elle-même. Il s’examinait pensant, comme il eût pu compter du doigt à son poignet les pulsations de l’artère radiale, ou sous ses côtes le va-et-vient de son souffle. Toute sa vie, il s’était ébahi de cette faculté qu’ont les idées de s’agglomérer froidement comme des cristaux en d’étranges figures vaines, de croître comme des tumeurs dévorant la chair qui les a conçues, ou encore d’assumer monstrueusement certains linéaments de la personne humaine, comme ces masses inertes dont accouchent certaines femmes, et qui ne sont en somme que de la matière qui rêve. Bon nombre des produits de l’esprit n’étaient eux aussi que de difformes veaux-de-lune. […]

Par instants, on tremblait comme sur le bord d’une transmutation : un peu d’or semblait naître dans le creuset de la cervelle humaine ; on n’aboutissait pourtant qu’à une équivalence ; comme dans ces expériences malhonnêtes par lesquelles les alchimistes de cour s’efforcent de prouver à leurs clients princiers qu’ils ont trouvé quelque chose, l’or au fond de la cornue n’était que celui d’un banal ducat ayant passé par toutes les mains, et qu’avant la cuisson le souffleur y avait mis. Les notions mouraient comme les hommes : il avait vu au cours d’un demi-siècle plusieurs générations d’idées tomber en poussière. […]

Le philosophe qui tentait de considérer dans son ensemble l’entendement humain voyait sous lui une masse soumise à des courbes calculables, striée de courants dont on eût pu dresser la carte, creusée de plis profonds par les poussées de l’air et la pesante inertie des eaux. Il en allait des figures assumées par l’esprit comme de ces grandes formes nées de l’eau indifférenciée qui s’assaillent ou se relaient à la surface du gouffre ; chaque concept s’affaissait finalement dans son propre contraire, comme deux houles qui se heurtent s’annihilent en une seule et même écume blanche. »

[Marguerite Yourcenar, L’œuvre au noir]

Saturday, March 7, 2009

La mesure de l'amour

Tristan et Yseut

La seule mesure de l’amour, disait Augustin, est d’aimer sans mesure; mieux encore: c’est l’absence de mesure qui est elle-même la mesure. Appliqué à l’amour … il faut dire plutôt : jamais assez, jamais trop ! toujours davantage ! … le mot excès n’a pas de sens quand il s’agit d’aimer : comme l’amour, l’impératif moral déborde indéfiniment de sa littéralité actuelle. La démesure ne saurait donc faire l’objet d’un interdit quand il s’agit d’amour. Et c’est pourquoi la phobie d’un amour « immodéré » implique déjà une restriction injurieuse, une lésinerie dérisoire, une espèce de sordidité épicière.

A partir du moment où l’amour doit être dosé, il n’est plus un impératif anhypothétique, mais une prescription conditionnelle ; il n’est plus la loi morale, mais, comme les médicaments prescrits par ordonnance, il dépend de sa posologie. En matière d’amour la question « combien de gouttes » n’a pas de sens, et les précisions quantitatives en général sont tout à fait oiseuses. (…) Les mots fatigue, excès, outrance ici n’ont plus cours : l’amour les abandonne à la timidité petite-bourgeoise ; il n’a pas peur, lui de dépasser la mesure ni de franchir une limite : la limite recule au fur et à mesure devant son élan. L’impetus amoureux ne veut rien savoir du régulateur qui, à l’occasion, compenserait ses débordements ; sa seule loi est le crescendo, frénétique et l’accelerando, et le precipitando qui va jusqu’au vertige et risque finalement de tout faire sauter. […]

En quoi l’amour extrême est un amour délirant, … pourquoi cet amour aime, littéralement, à la folie : pourquoi on peut être vraiment fou d’amour ? … Parce que l’amour porte en lui-même sa propre négation ; l’amour, à l’extrême limite, se dément lui-même. Telle est la sublime absurdité du sacrifice, tel l’héroïque non-sens : le sacrifice nihilise tout problème, y compris celui-là même qui le pose ! Comme l’amour de Tristan pour Yseut et l’amour d’Yseut pour Tristan, la passion amoureuse est affirmative au point de désirer son propre néant. N’est-ce pas le comble et la fine pointe aiguë du paradoxe ? Car on peut mourir d’amour ! Car on peut aimer, à en mourir, c’est cette contradiction intestine qui est démentielle, voire même absurde, et, dans certains cas, sublime.

[Vladimir Jankélévitch, Le paradoxe de la morale]

Friday, March 6, 2009

Te lo ofrezco


He salido un instante a la terraza a ver al hondo campo que se extiende hasta lejos, hasta muy lejos. Necesitaba un leve descanso. La pluma, cuando la tomo en mi mano para escribirte, me aprisona como a un indefenso pajarillo, me arrebata, me subleva la imaginación, y he de soltarla unos minutos, huyendo de que ese tósigo me perjudique. […]

Al pie de la terraza empieza el campo, que llega hasta el infinito. Yo no quiero que haya más campo que este que abarco con la Mirada. Yo quisiera tener todo el campo del mundo ante mí, que no quedara lejos de mí ningún trozo de campo para poder decirte cuando tímidamente apoyases tu cabeza en mi hombro y un temblor de cariño te recorriese el cuerpo :
- Es ese campo hermoso donde pace el ganado lo que me han ofrecido para ti. Es ese campo verde donde viven los mirlos y las alondras, o ese otro campo pardo donde los saltamontes y las cigarras alborotan para que tú te diviertas, o aquel campo gris de más allá, en el que la caza pasea confiada a tus pies, lo que Dios quiso reunir en una mirada para que te sintieses dueña de todo. Tómalo. Yo te lo ofrezco para que deposites en él todo ese inmenso cariño que te tengo, y que aún no me explico cómo es posible que quepa entero dentro de un solo hombre ; que aún no me explico cómo es posible que pueda ofrecerse entero a una sola mujer …

[Camilo José Cela, Pabellón de reposo]

Wednesday, February 25, 2009

Le je-ne-sais-quoi

France XV° siècle, Honoré Bonnet, L'arbre des batailles, Musée de Chantilly

Il y a quelque chose qui est pour ainsi dire la mauvaise conscience de la bonne conscience rationaliste et le scrupule intime des esprits forts; quelque chose qui proteste et ‘remurmure’ en nous contre le succès des entreprises réductionnistes. Ce quelque chose est comparable, sinon aux reproches intérieurs de la raison devant l’évidence bafouée, du mois aux remords du for intime, c’est-à-dire au malaise d’une conscience insatisfaite devant uné vérité incomplète. Il y a quelque chose d’inévident et d’indémontrable à quoi tient le côté inexhaustible, atmosphérique des totalités spirituelles, quelque chose dont l’invisible présence nous comble, dont l’absence inexplicable nous laisse curieusement inquiets, quelque chose qui n’existe pas et qui est pourtant la chose la plus importante entre toutes les choses qu’on ne puisse dire ! Comment expliquer l’ironie passablement dérisoire de ce paradoxe : que le plus important, en toutes choses, soit précisément ce qui n’existe pas ou dont l’existence, à tout le moins, est le plus douteuse, amphibolique et controversable ? Quel malin génie empêche que la vérité des vérités soit jamais prouvée sans équivoque ? Autant demander pourquoi c’est justement le mal qui est tentant, le plaisir nuisible qui nous attire, le devant-être qui nous répugne ! Ce n’est pas ici le lieu de nous interroger sur l’ataxie constitutionnelle qui fait de la donnée trompeuse une évidence obvie et inambiguë, de l’unique chose essentielle un absconditum et un mystère, qui nous soustrait celui-ci en nous amusant avec celle-là … La nostalgie de quelque chose d’autre, le sentiment qu’il y a autre chose, le pathos d’incomplétude enfin animent une espèce de philosophie négative qui a toujours été en marge et parfois au centre de la philosophie exotérique. Platon, qui sait, quand il dit les choses indicibles, abandonner le discours dialectique pour le récit mystériologique, Platon parle dans le Banquet d’une ‘quelque chose d’autre’ dont les âmes des amants sont éprises, qu’elles ne peuvent exprimer, qu’elles devinent seulement et suggèrent en énigmes. …Il est vrai que ce quelque chose d’autre est l’unité de la nature primitive, laquelle est chose assignable et, en somme dicible : mais le fait qu’il est l’objet d’une réminiscence prénatale et d’un vœu métempirique plus grands que tout désir sensible oblige Aristophanes à l’exposer mythiquement et à lui donner un caractère inexplicable autant qu’inépuisable. Sans ce mystérieux et surnaturel Allo ti, l’aporie d’amour telle que la décrit le Phèdre serait-elle aussi évasive ? […] Ce quelque chose d’autre érotique du discours d’Aristophanes, est une allusion à l’infini et une ouverture sur l’indicible ; ce ‘résidu’ de mystère est la seule chose qui vaille la peine, la seule qu’il importerait de connaître, et qui, comme exprès, demeure inconnaissable. Le secret, comme il en est de la mort, est décidément bien gardé, l’ignorance humaine est décidément bien combinée ! Beaucoups de noms ont pu être donnés à cet innommé innommable, beaucoup de définitions proposées pour ce ‘quelque chose d’autre’ qui n’est précisément pas comme les autres parce que en général il n’est ni une chose ni quelque chose.

[Vladimir Jankélévitch, Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien]

Sunday, February 22, 2009

Éloge des larmes



La moindre émotion amoureuse, de bonheur ou d’ennui, met Werther en larmes. Werther pleure souvent, très souvent, et abondamment. En Werther, est-ce l’amoureux qui pleure ou est-ce le romantique ?

Peut-être est-ce une disposition propre au type amoureux, que de se laisser aller à pleurer ? Soumis à l’Imaginaire, il se moque bien de la censure qui retient aujourd’hui l’adulte loin des larmes et par laquelle l’homme entend protester de sa virilité (satisfaction et attendrissement maternel de Piaf : « Mais vous pleurez, Milord ! »). En libérant ses larmes sans contrainte, il suit les ordres du corps amoureux, qui est un corps baigné, en expansion liquide : pleurer ensemble, couler ensemble : des larmes délicieuses achèvent la lecture de Klopstock que Charlotte et Werther font en commun. Où l’amoureux prend-il le droit de pleurer, sinon dans un renversement des valeurs, dont le corps est la première cible ? Il accepte de retrouver le corps enfant.

De plus, ici, le corps amoureux est doublé d’un corps historique. Qui fera l’histoire des larmes ? Dans quelles sociétés, dans quels temps a-t-on pleuré ? Depuis quand les hommes (et non les femmes) ne pleurent-ils plus ? Pourquoi la « sensibilité » est-elle à un certain moment retournée en « sensiblerie » ? Les images de la virilité sont mouvantes ; les Grecs, les gens du XVIIe siècle pleuraient beaucoup au théâtre. Saint Louis, au dire de Michelet, souffrait de n’avoir pas reçu le don des pleurs ; une fois qu’il sentit les larmes couler doucement sur sa figure, « elles lui semblèrent si savoureuses et très douces, non pas seulement au cœur mais à la bouche ». (De même : en 1199, un jeune moine se mit en route vers une abbaye de Cisterciennes, dans le Brabant, pour obtenir par leurs prières le don des larmes.)
[…]
Peut-être « pleurer » est-il trop gros ; peut-être ne faut-il pas renvoyer tous les pleurs à une même signification ; peut-être y a-t-il dans le même amoureux plusieurs sujets qui s’engagent dans des modes voisins, mais différents de « pleurer ». Quel est ce « moi » qui a « les larmes aux yeux » ? Quel est cet autre qui, telle journée, fut « au bord des larmes » ? Qui suis-je, moi qui pleure « toutes les larmes de mon corps » ? ou verse à mon réveil « un torrent de larmes » ? Si j’ai tant de manières de pleurer, c’est peut-être que, lorsque je pleure, je m’adresse toujours à quelqu’un, et que le destinataire de mes larmes n’est pas toujours le même : j’adapte mes modes de pleurer au type de chantage que, par mes larmes, j’entends exercer autour de moi.

En pleurant, je veux impressionner quelqu’un, faire pression sur lui (« Vois ce que tu fais de moi ») . Ce peut être – et c’est communément – l’autre que l’on contraint ainsi à assumer ouvertement sa commisération ou son insensibilité ; mais ce peut être aussi moi-même : je me fais pleurer, pour me prouver que ma douleur n’est pas une illusion : les larmes sont des signes, non des expressions. Par mes larmes, je raconte une histoire, je produis un mythe de la douleur, et dès lors je m’en accommode : je puis vivre avec elle, parce que, en pleurant, je me donne un interlocuteur emphatique qui recueille le plus « vrai » des messages, celui de mon corps, non celui de ma langue : « Les paroles, que sont-elles ? Une larme en dira plus. » (Schubert, Lob der Tränen)

[Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux]



D'eau et de sel naissent
Dans ses yeux de femme
Diamants fugasses


La joue reçoit en don
Le chemin salé d'une larme

Ecrivant son nom

Faible lumière d'amant
Sans visage et sans corps

Amour faisant


(tancredo infrasonic)

Pluralistic methodology


The examples of Copernicus, the atomic theory, Voodoo, Chinese medicine show that even the most advanced and the apparently most secure theory is not safe, that it can be modified or entirely overthrown into the dustbin of history. This is how the knowledge of today may become the fairy-tale of tomorrow and how the most laughable myth may eventually turn into the most solid piece of science.

Pluralism of theories and metaphysical views is not only important for methodology, it is also an essential part of a humanitarian outlook. Progressive educators have always tried to develop the individuality of their pupils and to bring to fruition the particular, and sometimes quite unique, talents and beliefs that a child possesses. Such an education, however, has very often seemed to be a futile exercise in day-dreaming. For is it not necessary to prepare the young for life as it actually is? Does this mean that they must learn one particular set of views to the exclusion of everything else? And, if a trace of their imagination is still to remain, will it not find its proper application in the arts or in a thin domain of dreams that has but little to do with the world we live in? Will this procedure not finally lead to a split between a hated reality and welcome fantasies, science and the arts, careful description and unrestrained self-expression? The argument for proliferation shows that this need not happen. It is possible to retain what one might call the freedom of artistic creation and to use it to the full, not just as a road of escape but as a necessary means for discovering and perhaps even changing the features of the world we live in. This coincidence of the part (individual man) with the whole (the world we live in), of the purely subjective and arbitrary with the objective and lawful, is one of the most important arguments in favour of a pluralistic methodology.

[Paul Feyerabend, Against Method]

Thursday, February 19, 2009

Amor e sexualidade



Seria bem de tomar consciência das palavras de Cesare Pavese onde escreve acerca da sexualidade no seu diario, para voltar essas mesmas palavras duma manera dialectica e olhar cada 'act of shame' com amor e tirar para fora todo pensamento perverso.

“Que la vie soit une lutte pour la vie, cela se voit bien dans les rapports sexuels des hommes et des femmes, où, malgré tous les efforts correctifs de l’idéal chevaleresque, malgré les exigences sociales de conformisme et de ferme résignation, malgré tout, il est sacro-saint qu’on refuse l’autre s’il ne donne pas le plaisir demandé et libérateur.
Et l’on comprend la solitude innée et rapace de chacun quand on observe combien la pensée qu’un autre accomplit l’acte avec une femme – même quelconque – finit par être un cauchemar, la conscience gênante d’une obscénité indigne, la velléité de faire cesser et, si c’était possible, de détruire. Peut-on vraiment tolérer qu’un autre – n’importe qui – fasse avec une autre – n’importe laquelle – l’act of shame? Non, mille fois non. Et pourtant c’est là, sans nul doute, l’activité centrale de la vie. Voilà la fausseté de tous nos altruismes. Si saints que nous soyons, savoir qu’un autre baise nous dégoûte et nous blesse.”
[Cesare Pavese, Le métier de vivre, 15 XII 1937]

‘Post coïtum, omnes animal triste’ ou como disse Schopenhauer: "depois de cada acto de amor se pode ouvir o diabo rir", pois que o diabo ria no inferno!

tancredo infrasonic

Saturday, February 14, 2009

Le privilège de vivre


Regarde bien tout ce qu’il y a autour de nous: de l’eau en colère, de la terre qui s’en moque, des montagnes dominantes, des arbres, de la lumière qui joue à chaque minute de la journée à changer d’intensité et de couleur, des oiseaux qui voltigent au-dessus de nos têtes, des poissons qui essaient de ne pas être la proie des mouettes tout en chassant d’autres poissons. Il y a toute cette harmonie de bruits, celui des vagues, celui du vent, celui du sable ; et puis au milieu de ce concert incroyable de vies et de matières il y a toi, moi et tous les êtres humains qui nous entourent. Combien d’entre eux verront tout ce que je viens de te décrire ? Combien réalisent chaque matin le privilège de se réveiller et de voir, de sentir, de toucher, d’entendre, de ressentir ? Combien d’entre nous sont-ils capables d’oublier un instant leurs tracas pour s’émerveiller de ce spectacle inouï ? Il faut croire que la plus grande inconscience de l’homme, c’est celle de sa propre vie. Toi tu prends conscience de tout cela, parce que tu es en danger, et cela fait de toi un être unique, par ce dont tu as besoin pour vivre : les autres, parce que tu n’as plus le choix. Alors pour répondre à la question que tu ne cesses de me poser depuis tant de jours, si je ne prends pas de risques, toute cette beauté, toute cette énergie, toute cette matière en vie te deviendrait définitivement inaccessible. C’est pour cela que je fais cela, réussir à te ramener au monde donne un sens à ma vie. Combien de fois ma vie m’offrira-t-elle de faire une chose essentielle ?

[Marc Levy, Et si c’était vrai …]

Thursday, February 12, 2009

L'amour extra-coïtal

Bettina von Arnim

Don Quichotte était puceau. Bettina [Bettina Brentano von Arnim] avait vingt-cinq ans lorsqu’elle sentit pour la première fois la main d’un homme sur son sein, dans la chambre d’hôtel de Teplitz où elle se trouvait seule avec Goethe. Et Goethe, si j’en crois ses biographes, ne connut l’amour physique que pendant son fameux voyage en Italie, alors qu’il était déjà presque quadragénaire. Peu après, à Weimar, il rencontra une ouvrière de vingt-trois ans dont il fit sa première maîtresse permanente. C’était Christiane Vulpius qui, après plusieurs années de vie commune, devint en 1806 son épouse et qui, un jour de la mémorable année 1811, jeta à terre les lunettes de Bettina. Elle était fidèlement dévouée à son mari (elle le protégea de son corps, dit-on, face aux soudards de Napoléon) et certainement excellente amante, comme en témoigne l’enjouement de Goethe qui l’appelait « mein Bettschatz », expression que l’on pourrait traduire par « trésor de mon lit ».

Pourtant, dans l’hagiographie de Goethe, Christiane se trouve au-delà de l’amour. Le XIXe siècle (mais aussi le nôtre, dont l’âme reste toujours captive du siècle précédent) a refusé de faire entrer Christiane dans la galerie des amours de Goethe, à côté de Charlotte (celle qui devait servir de modèle à la Lotte de Werther), de Frédérique, de Lili, de Bettina ou d’Ulrike. C’est parce qu’elle était son épouse, direz-vous, et nous avons pris l’habitude de considérer le mariage comme quelque chose d’anti-poétique. Mais je crois que la vraie raison est plus profonde : le public a refusé de voir en Christiane un amour de Goethe tout simplement parce que Goethe couchait avec elle. Car le trésor de l’amour et le trésor du lit apparaissaient comme deux choses incompatibles. Si les écrivains du XIXe siècle aimaient conclure leurs romans par des mariages, ce n’était pas pour protéger l’histoire d’amour d’un ennui matrimonial. Non, c’était pour la protéger du coït.

Les grandes histoires d’amour européennes se déroulent dans un espace extra-coïtal : l’histoire de la princesse de Clèves, celle de Paul et Virginie, le roman de Fromentin dont le héros, Dominique, aime toute sa vie une seule femme qu’il n’embrasse jamais, et bien sûr l’histoire de Werther, et celle de Victoria de Hamsun, et celle de Pierre et Luce, ces personnages de Romain Rolland qui ont fait pleurer en leur temps les lectrices de l’Europe entière. Dans L’idiot, Dostoïevsky a laissé Nastassia Philippovna coucher avec le premier marchand venu, mais quand il s’est agi de passion véritable, c’est-à-dire quand Nastassia s’est trouvée entre le prince Mychkine et Rogojine, leurs sexes se sont dissous dans les trois grands cœurs comme des morceaux de sucre dans trois tasses de thé. L’amour d’Anna Karénine et de Vronski a pris fin avec leur premier acte sexuel, il n’a plus été que sa propre décrépitude et nous ne savons même pas pourquoi : faisaient-ils l’amour si lamentablement ? ou s’aimaient-ils au contraire avec tant de panache que la puissance de la volupté fit naître en eux le sentiment de péché ? Quelle que soit la réponse, nous parvenons toujours à la même conclusion : après l’amour pré-coïtal, il n’y avait plus de grand amour, et il ne pouvait plus y en avoir.

Cela ne signifie nullement que l’amour extra-coïtal fût innocent, angélique, enfantin, pur : au contraire, il recelait tout ce qu’on peut imaginer d’infernal en ce bas monde. Nastassia Philippovna a pu coucher en toute quiétude avec de vulgaires ploutocrates ; mais dès sa rencontre avec Mychkine et Rogojine, dont les sexes, comme je l’ai dit, se sont dissous dans le grand samovar du sentiment, elle entre dans une zone de catastrophes et c’en est fait d’elle. Rappelez-vous aussi cette scène superbe du Dominique de Fromentin : les deux amoureux, qui vont faire une promenade à cheval et la tendre, la fine, la délicate Madeleine a la cruauté inattendue de lancer sa monture dans un galop effréné, sachant bien que Dominique est un piètre cavalier et risque fort de se tuer. L’amour extra-coïtal : une marmite sur le feu, dans laquelle le sentiment, parvenu au point d’ébullition, se transforme en passion et fait tressauter le couvercle qui se met à danser comme un fou.

scène de L'Idiot de Dostoïevsky

La notion européenne de l’amour s’enracine dans le sol extra-coïtal. Le XXe siècle, qui se vante d’avoir libéré la sexualité et aime se moquer des sentiments romantiques, n’a su donner à la notion d’amour aucun sens nouveau (c’est un des naufrages de ce siècle) de sorte qu’un jeune Européen, lorsqu’il prononce mentalement ce grand mot, se trouve ramené sur les ailes de l’enchantement, qu’il le veuille ou non, au point exact où Werther a vécu son amour pour Lotte et où Dominique a failli tomber de cheval.

[Milan Kundera, L’immortalité]

Homo sentimentalis



La civilisation européenne est censée être fondée sur la raison. Mais on pourrait dire tout aussi bien que l’Europe est une civilisation du sentiment ; elle a donné naissance au type humain que j’aimerais appeler l’homme sentimental : homo sentimentalis. […]

Il faut définir l’homo sentimentalis non pas comme une personne qui éprouve des sentiments (car nous sommes tous capables d’en éprouver), mais comme une personne qui les a érigés en valeurs. Dès que le sentiment est considéré comme une valeur, tout le monde veut le ressentir ; et comme nous sommes tous fiers de nos valeurs, la tentation est grande d’exhiber nos sentiments.

Cette transformation du sentiment en valeur s’est produite en Europe vers le XIIe siècle : quand ils chantaient leur immense passion pour une noble dame, pour une bien-aimée inaccessible, les troubadours paraissaient si admirables et si beaux que tout un chacun, à leur exemple, voulut se vanter d’être la proie de quelque indomptable mouvement du cœur.

Personne n’a pénétré l’homo sentimentalis avec plus de perspicacité que Cervantès. Don Quichotte décide d’aimer une certaine dame, Dulcinée, bien qu’il la connaisse à peine (il n’y a rien là qui doive nous surprendre : quand il s’agit de la « wahre Liebe », de l’amour véritable, nous savons déjà que l’aimé n’importe guère). Au chapitre vingt-cinq de la première partie, il se retire en compagnie de Sancho dans les montagnes désertes, là où il veut lui montrer la grandeur de sa passion. Mais comment prouver qu’une flamme brûle dans mon âme ? Et comment le prouver, de surcroît, à un être aussi naïf et fruste que Sancho ? Alors, sur le sentier escarpé, Don Quichotte se déshabille, ne garde que sa chemise, et pour exhiber à son valet l’immensité de son sentiment, il se met à faire devant lui des sauts en l’air avec culbutes. Chaque fois qu’il se retrouve tête en bas, la chemise lui glisse sur les épaules et Sancho aperçoit son sexe qui ballotte. Le chaste petit membre du chevalier offre un spectacle si risiblement triste, si déchirant, que même Sancho, avec son âme rustaude, n’y tient plus, il enfourche Rossinante et s’enfuit à toute allure.

À la mort de son père, Agnès dut établir le programme du service funèbre. Elle souhaitait que la cérémonie se déroulât sans discours, avec pour musique l’Adagio de la dixième symphonie de Mahler, que son père aimait particulièrement. Mais cette musique était affreusement triste et Agnès craignait de ne pouvoir retenir ses larmes pendant la cérémonie. Trouvant inadmissible de sangloter publiquement, elle mit sur son électrophone un enregistrement de l’Adagio et écouta. Une fois, puis deux, puis trois. La musique évoquait le souvenir de son père et elle pleura. Mais quand l’Adagio résonna pour la huitième ou neuvième fois dans la pièce, le pouvoir de la musique s’émoussa et, à la treizième audition, Agnès ne fut pas plus émue que si l’on avait joué devant elle l’hymne national du Paraguay. Grâce à cet entraînement, elle ne pleura pas aux funérailles.



Le sentiment, par définition, surgit en nous à notre insu et souvent à corps défendant. Dès que nous voulons l’éprouver (dès que nous décidons de l’éprouver, comme Don Quichotte a décidé d’aimer Dulcinée), le sentiment n’est plus sentiment mais imitation de sentiment, son exhibition. Ce qu’on appelle couramment hystérie. C’est pourquoi l’homo sentimentalis (autrement dit, celui qui a érigé le sentiment en valeur) est en réalité identique à l’homo hystericus.

Ce qui ne veut pas dire que l’homme qui imite un sentiment ne l’éprouve pas. L’acteur qui joue la rôle du vieux roi Lear ressent sur scène, face aux spectateurs, l’authentique tristesse d’un homme abandonné et trahi, mais cette tristesse s’évapore au moment même où la représentation s’achève. C’est pourquoi l’homo sentimentalis, aussitôt après nous avoir éblouis par ses grands sentiments, nous déconcerte par son inexplicable indifférence.

[Milan Kundera, L'immortalité]

Tuesday, February 10, 2009

Coïncidence


Notre vie quotidienne est bombardée de hasards, plus exactement de recontres fortuites entre les gens et les événements, ce qu’on appelle des coïncidences. Il y a coïncidence quand deux événements inattendus se produisent en même temps, quand ils se rencontrent : Tomas apparaît dans la brasserie au moment où la radio joue du Beethoven. Dans leur immense majorité, ces coïncidences-là passent complètement inaperçues. Si le boucher du coin était venu s’asseoir à une table de la brasserie à la place de Tomas, Tereza n’aurait pas remarqué que la radio jouait du Beethoven (bien que la rencontre de Beethoven et d’un boucher soit aussi une curieuse coïncidence). Mais l’amour naissant a aiguisé en elle le sens de la beauté et elle n’oubliera jamais cette musique. Chaque fois qu’elle l’entendra, elle sera émue. Tout ce qui se passera autour d’elle en cet instant sera nimbé de l’éclat de cette musique, et sera beau.

Au début du roman que Tereza tenait sous le bras le jour où elle était venue chez Tomas, Anna rencontre Vronsky en d’étranges circonstances. Ils sont sur le quai d’un gare où quelqu’un vient de tomber sous un train. Cette composition symétrique, où le même motif apparaît au commencement et à la fin, peut sembler très « romanesque ». Oui, je l’admets, mais à condition seulement que romanesque ne signifie pas pour nous une chose « inventée », « artificielle », « sans ressemblance avec la vie ». Car c’est bien ainsi que sont composées les vies humaines.

Elles sont composés comme une partition musicale. L’homme, guidé par le sens de la beauté transforme l’événément fortuit (un musique de Beethoven, une mort dans une gare) en un motif qui va ensuite s’inscrire dans la partition de sa vie. Il y reviendra, le répétéra, le modifiera, le développera comme fait le compositeur avec le thème de sa sonate. Anna aurait pu mettre fin à ses jours de tout autre manière. Mais le motif de la gare et de la mort, ce motif inoubliable associé à la naissance de l’amour, l’attirait à l’instant du désespoir par sa sombre beauté. L’homme, à son insu, compose sa vie d’après les lois de la beauté jusque dans les instants du plus profond désespoir.

On ne peut donc reprocher au roman d’être fasciné par les mystérieuses rencontres des hasards (par exemple, par la rencontre de Vronsky, d’Anna, du quai et de la mort, ou la rencontre de Beethoven, de Tomas, de Tereza et du verre de cognac), mais on peut avec raison reprocher à l’homme d’être aveugle à ces hasards et de priver ainsi la vie de sa dimension de beauté.

[Milan Kundera, L’insoutenable légereté de l’être.]

Chemin faisant

Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins …
[Rimbaud]

Chemin : bande de terre sur laquelle on marche à pied. La route se distingue du chemin non seulement parce qu’on la parcourt en voiture, mais en ce qu’elle est une simple ligne reliant un point à un autre. La route n’a par elle-même aucun sens ; seuls en ont un les deux points qu’elle relie. Le chemin est un hommage à l’espace. Chaque tronçon du chemin est en lui-même doté d’un sens et nous invite à la halte. La route est une triomphale dévalorisation de l’espace, qui aujourd’hui n’est plus rien d’autre qu’une entrave aux mouvements de l’homme, une perte de temps.

Avant même de disparaître du paysage, les chemins ont disparu de l’âme humaine : l’homme n’a plus le désir de cheminer et d’en tirer une jouissance. Sa vie non plus, il ne la voit pas comme un chemin, mais comme une route : comme une ligne menant d’un point à un autre, du grade de capitaine au grade de général, du statut d’épouse au statut de veuve. Le temps de vivre s’est réduit à un simple obstacle qu’il faut surmonter à une vitesse toujours croissante.

Le chemin et la route impliquent aussi deux notions de beauté. Quand Paul déclare qu’il y a un beau paysage à tel endroit, cela veut dire : si tu arrêtes là ta voiture, tu verras un beau château du XVe siècle flanqué d’un parc ; ou bien : il y a là un lac, et des cygnes nageant sur sa surface miroitante qui se perd dans le lointain.



Dans le monde des routes, un beau paysage signifie : un îlot de beauté, relié par une longue ligne à d’autres îlots de beauté.

Dans le monde des chemins, la beauté est continue et toujours changeante ; à chaque pas, elle nous dit « Arrête-toi ! ».

[Milan Kundera, L’immortalité]

Saturday, February 7, 2009

A Philosophical life

[Giorgione, Three Philosophers]

To lead a philosophical life means also to take seriously our experience of men, of happiness and hurt, of success and failure, of the obscure and confused. It means not to forget but to possess ourselves inwardly of our experience, not to let ourselves be distracted but to think problems through, not to take things for granted but to elucidate them.
(Jaspers,1951:122)

Contrary to a life either without solid substance or a life in which this substance is never affected, only the enthusiastic attitude means a life awake, a life in totality and authenticity... Enthusiasm is becoming oneself in the act of devoting oneself.
(Jaspers: The Illumination of Existenz:119)

Friday, February 6, 2009

Coreografia invisível


Não sei o que pensam os pássaros quando, nas tardes de sábado, dormem sobre os fios de alta tensão. Os pássaros têm sábados frustrados. Todas as coisas que podiam ter sido, não foram. Também não sei o que pensam os homens enquanto dormem os pássaros pelos sábados adentro. Sei que os homens têm insônia e fecham as janelas. Instituem a escuridão, apagam as palavras e desintegram-se em longos silêncios. As coisas que podiam ter sido? Tornaram-se banalidades. Em qualquer tempo há fios de alta tensão e pernas de mulheres com sangue fervendo. Tantas que chegam a ser ignoradas. Despojos do amor? A desproporção criou homens-deuses vulgares e divinizados. Criou profissionais especialistas em argumentação. Braços em torno do pescoço, bocas de estátuas coladas e música para preencher os vazios. Mas o objeto deste texto é o amor. O sujeito também. Amor em construção. Quatro paredes lentas e penosas do lado de cá do horizonte onde pretendo improvisar ninhos e desprender pássaros do sonho.
Mas o tempo urge, razão pela qual me deito, mesmo, à terra. Todas as coisas se revelam e se negam continuamente. Finjo não perceber. Repouso minha cabeça sobre o seio da ignorância. A metafísica rodeia os meus limites. Há coisas se encontrando, também, fora de nós. A ficção quer escrever minha história. Que imagem faria? Oh! vida, esse tempo desperdiçado dentro do olhar. Minha única tristeza não é triste. Incongruência? Limpe os olhos que este texto tem a loucura da forma. Plasticidade e linguagem. Os literatos, os eruditos e eu, e nada de concreto. Que sabemos sobre os pássaros frustrados sobre o fio de alta tensão? Somos carentes de amor, sexo e sonhos. Somos carentes de sabedoria. Um dia Deus apareceu homem entre os homens e o crucificaram. Daí meu medo de existir. Daí esse silêncio áspero de Sábado. Meus conflitos me apequena. Gritos surdos por dentro. Somente as palavras são capazes de secar as lágrimas. Palavras e dedos. Dedos escalavrados pelo tempo percorrendo traços e linhas do meu rosto. Doce ternura para quem partiu todos os espelhos e já não mais se reconhece. Eu que tenho em mim o movimento dos outros, o conhecimento dos outros, o idioma dos outros, a reação dos outros... eu sulcada pelos outros e estrangulada pelas minhas próprias mãos. Só o amor me salva. Só o amor produz essa lentidão sagrada de observar pássaros cheio de vôos. O amor sabe de cor os vôos e os movimentos. Conhece o lugar, o istmo onde os homens choram. Os homens são belos, sobretudo, quando choram. Homem-mar numa ilha de chuva. Uma imagem onde me completo. Não totalmente. Uma mulher satisfeita traz em si um ponto final. Eu tenho vocação para reticências e excessos. Amanheço e todas as bocas se abrem. Famigerada fome de idealismo. Não nos basta a vida?
O pássaro olha com todos os olhos mas nada avista. Tem os sentidos esquecidos. Esqueceu-se de quem era, de como era... só sabe cantar, cantar. Se respirasse uma idéia, tornar-se-ia gente com todo niilismo inerente. Gente que nega qualquer coisa a qualquer hora. Que nega a palavra, a raça, as idéias.. gente que nega a cruz, a história, a colonização... gente que ignora as tardes de sábado quando discretamente um pássaro voa estabelecendo ligações entre as coisas visíveis.

[Lucilene Machado]

Tuesday, February 3, 2009

Totality


The widespread and pervasive distinctions between people (race, nation, family, profession, etc., etc.), which are now preventing mankind from working together for the common good, and indeed, even for survival, have one of the key factors of their origin in a kind of thought that treats things as inherently divided, disconnected, and ‘broken up’ into yet smaller constituent parts. Each part is considered to be essentially independent and self-existent.

When man thinks of himself in this way, he will inevitably tend to defend the needs of his own ‘Ego’ against those of the others; or, if he identifies with a group of people of the same kind, he will defend this group in a similar way. He cannot seriously think of mankind as the basic reality, whose claims come first. Een if he does try to consider the needs of mankind he tends to regard humanity as separate from nature, and so on. […] Man’s general way of thinking of the totality, i.e. his general world view, is crucial for overall order of the human mind itself. If he thinks of the totality as constituted of independent fragments, then that is how his mind will tend to operate, but if he can include everything coherently and harmoniously in an overall whole that is undivided, unbroken, and without a border (for every border is a division or break) then his mind will tend to move in a similar way, and from this will flow an orderly action within the whole.

[David Bohm, Wholeness and the Implicate Order]

Saturday, January 24, 2009

L'expérience amoureuse


"L’epérience amoureuse noue indissolublement le symbolique (ce qui est interdit, discernable, pensable), l’imaginaire (ce que le Moi représente pour se soutenir et s’agrandir) et le réel (cet impossible où les affects aspirent à tout et où il n’y a personne pour tenir compte du fait que je ne suis qu’une partie.)"

(Julia Kristeva, Histoires d’amour)

Monday, January 19, 2009

Escrever (Nietzsche)


"De todo o escrito só me apraz aquilo que uma pessoa escreveu com seu sangue. Escreva com sangue e aprenderá que o sangue é espírito.

O que escreve em provérbios e com sangue não quer ser lido, mas decorado. Nas montanhas, o caminho mais curto é o que dista de cimo a cimo; mas para tanto é necessário ter pernas altas. As máximas devem ser cumeeiras, e aqueles a quem se fala devem ser homens altos e robustos.

Vós olhais para cima quando quereis elevar-vos. Eu, como me encontro no alto, olho para baixo.”

Poucos escreveram como Nietzsche. E ele sabia disso. No reino da língua alemã, colocava seu “Zaratustra” bem atrás de Goethe e Lutero. Ou talvez até junto deles. (Possivelmente na frente.) Por menor que tivesse sido o impacto de sua obra na História do Pensamento, Nietzsche já poderia ter sido considerado, em termos literários, um “clássico”. Mas foi mais.

“A desproporção entre a grandeza de minha tarefa e a pequeneza de meus contemporâneos, alcançou sua expressão no fato de que nem me ouviram, nem sequer me viram.”

No anonimato de quem custeava as próprias edições, no descrédito de quem não conseguia ministrar cursos regulares nas universidades, e na solidão de quem derrubava os alicerces morais do homem moderno, Nietzsche acabou por extirpar os resquícios da herança judaico-cristã, enquanto terminava de matar Deus — fazendo nascer a raça do Übermensch, o Overman, o Sobre-Homem, o Além-Homem ou, como dizem, o “Super-Homem”.

Saturday, January 10, 2009

Escrever (Kierkegaard)


Podemos dividir o mundo em gente que escrevem e gente que não escrevem. A gente que escrevem representam a desesperança e a gente que não escrevem desaprovam isso e crêem que possuam maior sabedoria, e portanto, se pudessem escrever, escreveriam o mesmo. No fundo todos são igualmente desesperados, pois quando não ter o sorte de tornar-se importante pela sua desesperança, não vale a pena de mostrar-la. Será isso a significação de ter vencido a desesperança?
[Søren Kierkegaard]